NICOLAS LOUBET

Startuper. Fondateur de Cellabz, Bluenod, Umaps. Il est ‎expert dans les écosystèmes d'innovation, les communautés créatives, les événements décentralisés et dans les outils d'intelligence collective.

Vous avez co-fondé Cellabz qui agit sur l'appropriation des technologies émergentes. Que faites-vous concrètement ?


Je conçois et déploie des contextes d'apprentissage pour des projets qui ont un GROS potentiel de transformation globale. Ma mission consiste à designer - au sens noble - les conditions de l'appropriation (pour qu'elle soit la plus 'fluide' possible).


Je n'ai pas de 'métier' au sens strict mais des dizaines de postures (en fonction des cadres culturels). J'ai beaucoup appris dans le cadre de mon activité de défricheur sur Knowtex​ (qui m'a amené de 2009 à 2014) à explorer la dynamique de(s) réseaux.


Les technologies Blockchain, que beaucoup perçoivent comme révolutionnaires, n'ont-elles pas le potentiel d'agir comme relais de croissance pour relancer l’économie mondiale ? 


La seule révolution pour Cellabz, c'est la possibilité de penser et faire l'innovation sur des bases inclusives et laïcs. Autrement dit, de permettre le métissage de technologies par tous, pour tous, dans tous les cas de figures. Les blockchains - et notamment Ethereum - s'inscrivent dans un cadre global de transformations. Leur apport : rendre l'information autonome (par conséquence, c'est tout notre rapport à l'économie / société de l'information qui est profondément chamboulé). Et ce sera long et diffus...


La possibilité de se relier sans intermédiaire et en toute confiance, ça changera quoi dans la vie de tous les jours ?


Cela permet de déployer des infrastructures adaptées à nos besoins du quotidien, dans tous les registres (mobilité, énergie, etc.) Nous avons rédigé (en communauté) un livre blanc​ (octobre 2015) qui donne à voir le chemin que cela pourrait prendre.


Les technologies Blockchain sont considérées comme inviolables mais se pose de nombreuses questions juridiques, quid de son impact effectif dans notre vie sociale, c’est pour demain ?


C'est juste mais ça n'est pas nouveau. Depuis qu'internet est grand public (milieu des années 1990) se pose la question du couplage entre l'espace de la loi tel qu'il a été pensé par les Etats-Nations et la loi du "cyber(e)space", portés par des "communautés" (l'expression fait sourire en France... mais elle est consacrée à l'échelle internationale ; je suggère de suivre Network of Centers​).


Là encore, personne ne sait le chemin que cela va prendre. C'est le monde qui se reconfigure. Je me permets juste d'insister sur le fait que cela fait au moins 20 ans que nous sommes confrontés à un débat sur les libertés dans / avec le cyber(e)space (relire ce post​). En toile de fond, c'est ce qui accompagne les débats sur HADOPI, SOPA / PIPA ou encore le PJLRenseignement.


Vous faîtes le tour du monde, comment se situe la France sur l’échelle de l’intérêt que suscite la Blockchain  ?


La France est comme tous les autres pays :) Cela se joue au niveau le plus atomique : les individus. Il y a des talents de tout bord qui s'amusent avec ces technos... Certains avec sérieux (dans une perspective TRES business), d'autres beaucoup moins (voire par exemple les travaux très amusants et prospectifs d'Isabelle avec le projet 'Smart Forest​' dérivé du projet Plantoid​). 


Quels sont les obstacles qui pourraient enrayer son développement ?


Le plus important (devant tous) : le non respect de la diversité. La priorité est de se rencontrer, d'apprendre les uns les autres.


L’Institut IRIDICE est en charge en France de la mise en œuvre d’un nouvel écosystème social et notamment de l’Open Money, monnaie-temps universelle qui facilite les échanges entre les individus. Est-ce utopique d’imaginer une monnaie mondiale, non spéculative et gratuite, entre particuliers qui échappe à la puissance financière ?


Testons, le terrain nous dira ce qu'il en est :) Ce qui demeure démultiplie le vivre ensemble. Et personne n'en a le monopole.


Propos recueillis par F. DRAPIN

Mai 2016